Samedi 21 février 2025, j’ ai eu le grand plaisir d’interviewer Gilles Dyrek, auteur, comédien et metteur en scène.

Gilles Dyrek est le metteur en scène de la pièce « Je m’appelle Georges … et vous ? » jouée actuellement au Théâtre Actuel La Bruyère. la pièce est nominée aux Molières 2025 dans la catégorie meilleure comédie.
Gilles Dyrek
Crédit Photo : Fred Toulet
Vous avez écrit la pièce « Je m’appelle Georges … et vous ? » qui est jouée actuellement au Théâtre Actuel La Bruyère à Paris. Ou avez-vous trouvé l’inspiration pour l’écriture de cette pièce ?
G.D : Il y a deux points de départ à cette histoire. Tout d’abord, je me suis étonné du nom donné à certains immeubles. Il existe vraiment des immeubles avec des prénoms féminins comme la fameuse Villa Émilie de la pièce ou la Villa Christine. L’autre point de départ, c’était d’imaginer une histoire d’amour entre deux personnes qui ne savent rien l’un de l’autre. Et c’est dans l’idée qu’on peut tomber amoureux d’une personne sans rien savoir, rien connaître de la personne, et n’avoir rien besoin d’autre que de la personne. Après, ça n’empêche pas de faire plein de projections fausses. Mais je me disais que ce serait amusant, un couple qui s’essaye à ça. L’inspiration, c’est vraiment une histoire d’énergie intérieure, d’élan et courage pour arriver à être en permanence dans l’envie d’écrire et la joie d’écrire. C’est une chance quand on a le sujet qui génère cette énergie-là. Et là, c’était le cas. Construire le personnage de Georges avec ce regard décalé a été très inspirant. J’ai peut être pioché quelques éléments de ma vie pour l’écriture mais je ne suis pas du genre à écrire sur moi. Il y a beaucoup d’auteurs qui savent très bien être autobiographiques, raconter leur vie à travers leur oeuvre mais ce n’est pas trop mon cas. Mais s’il y a des points de départ qui sont proches de moi, je pense qu’ils sont relativement invisibles tellement ils sont retravaillés à l’arrivée . Au départ, j’avais écrit le scénario de « Je m’appelle Georges … et vous ? » pour être un film tourné à Coussegrey . Finalement, quand je suis arrivé sur les lieux du tournage je me suis dit que ça n’allait pas marcher, que cela n’allait pas correspondre au décor. Et qu’il valait mieux partir du décor et écrire, et là j’ai écrit « Le Retour de Richard Trois par le train de 9 heures 24 ». Puis j’ai repris mon scénario de « Je m’appelle Georges … et vous ? » pour en faire une pièce. J’ai ensuite proposé la pièce à la production Théâtre Actuel qui m’a proposé de renouveler l’expérience avec Eric Bu.
Quelles pièces de théâtre allez-vous voir et quel spectateur êtes-vous?
G.D : Je suis surtout un lecteur de pièces de théâtre. En tant que spectateur, je vais beaucoup voir des pièces qui sont jouées, mises en scène ou produites par des amis. Quand on a la chance d’évoluer dans le milieu du théâtre parisien qui est un réseau de connaissances et d’amitié, c ‘est assez naturel d’aller voir des spectacles des uns et des autres. C’est une forme de soutien mutuel. C’est un peu plus rare que j’aille voir une pièce où je ne connais personne qui soit impliqué. Même si ça m’arrive aussi. Il se trouve qu’en ce moment comme je ne joue pas, j’ai plus de temps pour aller au théâtre. Et je vais voir deux, trois pièces par semaine. Et j’aime bien, de temps en temps, emmener un de mes enfants à la Comédie Française. Bien sûr, je rate beaucoup de spectacles. Le milieu dans lequel je travaille, c’est le théâtre privé parisien. Et je trouve que je ne vais pas assez voir de spectacles dans le cadre public où il y a beaucoup de spectacles que j’adorerais. C’est dommage, mais c’est une question de temps et de disponibilité.
Avez-vous un autre projet d’écriture en cours?
G.D : De pièces en cours, oui. En cours d’écriture, je finalise la pièce qui va être créée au Festival d’Avignon pour l’été à venir et qui s’appelle « Gagnant Gagnant » qui sera jouée à la Condition des Soies. Je vais jouer aussi dans la pièce « Une bonne bière » de Xavier Martel que j’ai mise en scène. C’est une parodie de convention d’entreprise. C’est un bonheur à jouer. Je vais jouer les 2 pièces dans la foulée. Je me dis que c’est comme si je jouais « Hamlet » , c’est-à-dire une pièce de 3 heures, moi j’en joue 2 d’une heure et demie. C’est bien que l’énergie ne retombe pas. Entre les deux, je prendrais le temps de discuter de la façon dont s’est passée la représentation d’ » Une bonne bière » . Parce que c’est sympa de prendre le temps de se poser avec l’équipe de se parler et c’est tellement important pour maintenir la qualité du travail.
J’ai aussi un scénario de long métrage que je continue à finaliser. J’en parle moins parce que c’est encore autre chose et c’est plus compliqué mais j’aime bien aussi faire ça. J’ai plus des désirs de scénario que de pièce, mais en fait c’est des désirs d’histoires qui se prêtent plus ou moins à la scène ou à l’écran. Le spectacle « Je m’appelle Georges » était facilement adaptable au théâtre car il est jouable par peu de comédiens.
J’ai toujours une écriture en cours. Mais je suis très long à écrire. Écrire, c’est des années à chaque fois. Ce n’est pas le cas de tous les auteurs. Tous les projets sont différents, toutes les écritures sont des aventures différentes. Le projet de parodie de convention d’entreprise est venu du fait d’assister à des conventions en y participant en tant que comédien. On m’avait demandé d’écrire des sketchs et de les jouer pour animer des conventions d’entreprise. J’ai aimé voir ça de l’intérieur et me dire qu’il y avait là une matière à faire un spectacle hilarant. Et donc ça, ça s’est écrit d’une façon complètement différente du retour de la pièce « Le retour de Richard III par le train de 9 heures 24. « , qui était un projet immédiat pour être tourné et qui n’a jamais été écrit aussi vite parce qu’on était en janvier, et qu’il fallait tourner en août Là, j’ai fait très vite et j’ai eu la chance d’être très inspiré par l’idée. Mais ensuite pour l’adapter au théâtre, ça a été au moins aussi long que l’écriture du scénario. Et la pièce, « Je m’appelle Georges … et vous ? » une fois qu’elle a été écrite, j’ai fait comme à chaque fois une lecture. La lecture permet de se rendre compte qu’ elle n’est pas finie et qu’il faut la retravailler. Parfois, tout ce travail prend des années. ça a toujours été comme ça. Sauf quand j’ai crée » Pour la touche étoile » un spectacle de sketchs sur la communication à partir d’improvisations que j’avais dirigées dans une troupe de théâtre amateur. Quand le spectacle a été montré, qu’il a été programmé au Théâtre du Lucernaire, j’avais un mois pour monter la pièce, la réadapter, passer de cinq comédiens à trois et j’ai réécrit. J’ai enlevé la moitié du spectacle et là, dans l’urgence, j’ai écrit la moitié des sketchs très rapidement. Mais dans ce cas, il n’y avait pas les problèmes de dramaturgie et de construction de l’histoire. Même si pour qu’un sketch soit bon, ce n’est pas forcément simple. L’expérience n’apprend pas à trouver un sujet plus facilement, à aller plus rapidement à l’inspiration. Et j’aimerais bien réussir à écrire une pièce de boulevard pur. Dans les pièces que j’écris, il y a toujours un espèce de fond de société. Ce n’est pas de la pure comédie et c’est pour ça que je ne peux pas être placé dans le théâtre de boulevard parce qu’il y a toujours autre chose. La pièce qui était le plus proche du boulevard qui est » Venise sous la neige « , qui n’est pas du tout un boulevard parce que ça parle des relations aux réfugiés, ça parle du lien au caritatif, c’est quand même pas des sujets de boulevard pour ça. Mais j’aimerais bien pouvoir écrire un sujet de boulevard sans avoir à m’embêter avec l’idée de devoir raconter quelque chose … J’aimerais bien réussi à écrire une comédie comme tous les maîtres de la comédie.
Vous serez le parrain de la 30 ème édition du festival de Théâtre amateur Scénoblique qui aura lieu les 4,5 et 6 avril. Pourquoi avez-vous accepté de participer à ce week-end? Qu’attendez-vous d’un tel festival? Est-ce la première fois que vous participerez à un festival de Théâtre amateur?
G.D : Je crois que c’est la première fois. La première des raisons pour laquelle j’ai accepté, c’est parce qu’on me l’a proposé. C’est Freddy Viau qui me l’a proposé et c’est un homme de théâtre que j’apprécie énormément. Il m’a raconté la naissance de Scénoblique et je me suis dit, alors là, ça donne encore plus envie de participer.
Déjà, j’ai aimé faire partie du jury de l’appel aux auteurs, de découvrir un texte, de vivre cette histoire, cette petite aventure de délibération du jury. J’ai trouvé que c’était une situation éminemment théâtrale. Parce que c’est un huis clos, c’est des personnages, il y a éventuellement des enjeux personnels qui dépassent les protagonistes, mais en réalité pas tant que ça, parce que franchement j’ai trouvé le jury très sympa mais pas assez névrosé pour être des personnages. Et je me suis dit, ils auraient pu faire des efforts pour m’inspirer une pièce, mais non. J’ai trouvé ce jury relativement normal et sain d’esprit. Donc, ce n’était pas si intéressant en tant qu’observatoire. L’équipe est sympa, autour de Francine. Et c’était intéressant. Alors après, la lecture des pièces, c’était intéressant en soi. Lire des textes est quand même un beau métier. Comme je vous le disais, je suis d’abord un lecteur de pièces avant d’être un spectateur, j’en lis beaucoup. Je reçois pas mal de pièces de gens que je ne connais pas qui me demandent mon avis. J’essaie de jouer le jeu et de répondre autant que je peux. Et après, ce que j’en attends, c’est vivre des moments de rencontres, de partage, de la même manière que les spectateurs qui vont venir.
Refuser de participer, aurait été juste une question de disponibilité. De la même façon, j’ai toujours autorisé le théâtre amateur de jouer mes pièces. Ce n’est pas le cas de tous les auteurs et je sais que certains n’acceptent pas d’être joué en théâtre amateur. Et sans particulièrement de démagogie de ma part, je me dis que c’est un peu absurde de refuser. Parce que le théâtre professionnel doit énormément au théâtre amateur, ne serait-ce que parce que le théâtre amateur fait partie du public du théâtre professionnel. Après, la démagogie qui consiste à dire que dans le théâtre amateur, il y a des gens exceptionnels du niveau des professionnels. Je ne sais pas trop, je ne vais pas rentrer dans ce débat. Ce serait démagogique. Et il y a aussi des comédiens professionnels qui se mettent à jouer avec des amateurs. Tout est possible. Il y a des difficultés souvent techniques quand même dans le théâtre amateur au niveau de la voix, du physique, quelque chose qui est moins travaillé que ceux qui ont travaillé des années là-dessus. Et puis il y a des questions de disponibilité. Ça c’est le problème numéro un du théâtre amateur, c’est d’être tous présents le soir des répétitions, d’avoir le temps d’apprendre le texte.
Vous avez fait parti du jury du concours d’écriture « L’appel aux auteurs » de Scénoblique. Les auteurs devaient écrire une courte pièce autour du thème « Caprices ». Pour vous, est ce un thème inspirant?
G.D : Il me semble que c’était un bon sujet parce que ça a donné des bonnes pièces donc je pense que le thème était un bon thème. Je crois que c’était un bon niveau et c’était unanime. Il y a des textes qui se sont distingués d’eux-mêmes à l’unanimité des différents membres des jurys. Il y avait plein d’univers différents. Après, c’est une rencontre entre un thème et un auteur qui peut s’emparer du thème et en faire quelque chose de personnel. C’est une rencontre qui se fait ou qui ne se fait pas. L’inspiration c’est vraiment intime. Je me suis dit, moi qui suis si lent à écrire, qu’est-ce que j’aurais fait, moi ? Je ne suis pas sûr que j’aurais gagné. Alors, est-ce qu’il était inspirant ? En réalité, je ne peux pas répondre à la question parce que je n’ai pas essayé d’écrire une pièce à partir du thème. A l’arrivée, il y avait deux pièces où je me suis permis de dire au jury, c’est difficile d’en distinguer une plus que l’autre. Et après discussion avec les membres du jury on a décidé pour les 30 ans qu’il y aurait 2 gagnants ex aequos. J’aurais aimé écrire un des deux textes. Je ne dis pas que j’aurais pu l’écrire, mais j’aurais aimé l’écrire.
Avez-vous un thème à proposer pour l’édition 2026 du festival?
G.D : Je serais capable de proposer une époque: la mythologie grecque. Parce que la mythologie grecque a donné beaucoup d’oeuvres de théâtre classique au XVII ème avec notamment Racine, c’était la fameuse querelle des anciens et des modernes, il fallait écrire à la manière des anciens, et ça a donné tout le théâtre français du début du XXème, avec Jean Giraudoux, Foucault, même Camus, et Sartre sur l’inspiration mythologique. Il me semble qu’il y aurait de quoi faire.
Quels conseils donneriez-vous à une auteur de pièce de théâtre débutant?
G.D : Je peux au moins partager mon expérience. Quand j’ai senti que j’avais envie d’écrire, j’ai lu des oeuvres intégrales, je pense que j’ai lu tout Molière, tout Racine, tout Corneille, tout Marivaux, tout Musset, et après un peu plus tard, tout Sacha Guitry, tout Feydeau etc… Je dois avoir lu toutes les pièces de Victor Hugo aussi, j’ai lu pas mal de pièces de Shakespeare. Les réalisateurs de cinéma diraient, il faut avoir vu tout Jean Renoir, je pense que pour le théâtre c’est pareil. Cela ne peut faire que du bien de s’imprégner. Il faut prendre le temps de le faire. Après j’ai lu, je pense, une grande quantité de pièces de théâtre à l’ Avant scène Théâtre, aux Editions Théâtrales, à Actes Sud et j’ai vu beaucoup de pièces. Ce qui m’a aidé, c’est d’entendre en lecture par des comédiens des pièces, et de lire aussi à des amis qui étaient bons publics des sketchs pour voir si ça faisait rire. Ce qui est bien aussi c’est de faire autre chose dans le théâtre, c’est-à-dire comédien, metteur en scène. Être comédien pour écrire, c’est pas mal parce que ça nourrit l’écriture. Je parlais de Camus, il n’était pas comédien, il n’avait pas besoin de ça pour écrire. Il y a beaucoup d’auteurs qui ont démarré comme comédien. Jean-Claude Grumbert, qui est l’un des plus grands auteurs français, a démarré en tant que comédien et qui a joué dans plusieurs de ses pièces.
J’ai été prof de théâtre d’improvisation et je voyais que finalement la limite c’était la culture générale. Plus on s’enrichit, plus on est capable d’improviser dans plein de domaines différents et le fait de jouer permet de visiter de l’intérieur les pièces des autres. Donc c’est apprendre comment ça fonctionne. Et moi, j’ai eu la chance de jouer au théâtre dans des pièces du théâtre classique. En professionnel, ça a été « le Malade imaginaire » , la pièce de Goldoni « L’éventail », plus tous les textes travaillés aux cours de théâtre, tout ça sans être dans l’idée d’écrire et que ça pouvait éventuellement m’apporter en tant qu’auteur, mais c’est un point de départ. Je continue à apprendre par cœur des textes des grands auteurs pour le plaisir. Finalement, je pense que ça m’apporte sûrement des choses dont je ne me rends pas trop compte, mais qui sont de comprendre de l’intérieur comment ça fonctionne. J’apprends par coeur des monologues, ou même de la littérature. J’ai appris par cœur récemment « Le monologue du Figaro » et avant le premier chapitre du discours de la méthode de Descartes. Et c’est du très haut niveau à ‘écrire. Le fait de faire ça, je pense que ça ne peut que faire du bien. Le but n’est pas d’apprendre à écrire comme eux. Mais plus on lit, plus on apprend, et moins on est influencé en fait. Je pense que c’est comme les chanteurs qui apprennent les chansons des autres. Les auteurs compositeurs, plus ils en savent, moins ils sont influencés par le seul qu’ils connaîtraient.








