Durant la dernière édition du Festival d’ Avignon, dans la cour ombragée du Lycée Pasteur, j’ ai eu le grand plaisir de partager un moment avec Bénédicte Bousquet, humoriste et professeure des écoles, qui se produisait pour 2 dates au Théâtre Le Paris à Avignon.

Bénédicte Bousquet au Théâtre Le Paris à Avignon en juillet dernier. Bénédicte prépare un 3 ème spectacle » Bienveillante » .
Bénédicte Bousquet
Crédit Photo : Géraldine Moreau
Comment vous est venue l’idée d’être humoriste?
B.B : Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée car je ne savais pas que je pouvais être humoriste. Cela s’est fait petit à petit. J ‘ai toujours fait rire les gens : mes amis à l’école, à la fac, et puis mes collègues de travail. Et c’est parti d’une atsem de mon école, que je faisais beaucoup rire, qui est très bon public aussi, et qui m ‘a conseillé d’écrire des petites scénettes sur notre quotidien de maternelle : » On est sur des chaises ridicules, on parle à des enfants de 3 ans et ça déteint sur nos cerveaux. » . J’imite beaucoup les parents d’élèves, ma directrice aussi je l’imitais régulièrement, et je faisais mourir de rire les copines. J’ai eu envie de tenter. Et cela s’est fait tout seul parce que, une fois que le texte a été écrit, c’était en juillet 2015, on a eu envie de faire une soirée stand-up. On avait convié tous les collègues de l’école, chacun avait amené sa chaise, chose importante, car c’était une salle vide. Et j’avais un micro, on avait branché la sono, et pendant deux heures, j’avais mes anti-sèches sur la table, car je n’étais pas sûre du tout de moi, et j’ai raconté ma vie de maîtresse et aussi de maman. Je l’ai refait six mois après parce qu’il y avait des gens qui en avaient entendu parler et qui voulaient venir. Et puis je l’ai fait une troisième fois en 2016 et là on s’est dit qu’on pourrait peut-être le jouer au Festival d’Avignon, et on s’est renseigné sur les coûts de location d’un théâtre. Entre-temps, j’avais posté des petites vidéos sur les réseaux sociaux de ce que j’avais fait. Et un jour de mai 2016, un petit théâtre d’Avignon me propose de faire la première partie d’une humoriste. Je me suis retrouvée dans un vrai théâtre. Il y avait 40 personnes dans la salle qui ne venaient pas pour moi, car elles venaient voir une humoriste. Mais d’être là, sur une vraie scène, avec des vrais projecteurs, c’était un truc de fou. Et du coup, c’est dans ce théâtre, qui n’existe plus aujourd’hui, que j’ai fait mon premier Festival d’Avignon en juillet 2017.
Parlez-nous de votre rencontre avec l’humoriste Mathieu Oliver?
B.B : En juillet 2017, dans ce théâtre » Flash Théâtre » , il y avait un jeune humoriste d’ une vingtaine d’années à l’époque, Mathieu Oliver avec qui j’ai sympathisé. J’ai adoré son spectacle. Lui, il a vu le mien et il a vu que ça marchait super bien, alors que je jouais à 22h. …Et j’ai fait complet tous les jours. Je m’étais dit que si ça ne fonctionnait pas, c’est que ce n’était pas ma place, mais que je me serais fait plaisir, et que je pourrais dire aux gens que j’ai fait le Festival d’Avignon, une fois dans ma vie. Il se trouve que ça a tellement bien marché que des théâtres, de Nice, de Toulon, m’ont contactée. Quelques mois après, j’ai joué à la Comédie de Lille. Dans les théâtres où je jouais au début, il y avait un minimum garanti, c’est-à-dire que c’était à moi de verser de l’argent au théâtre, si jamais il n’y avait personne dans la salle. Pour me faire connaître, j’envoyais des flyers, et des mails dans les écoles, j’essayais d’activer un peu un maximum de leviers, mais je n’étais pas suivi sur les réseaux, et donc c’était assez compliqué. Mathieu Oliver, trouvait mon spectacle super et il m’a donné des conseils pour travailler la mise en scène et pour le rendre plus efficace, et pour qu’il ait un format qui corresponde vraiment à un one-woman show : couper des extraits, déplacer certains moments, aller à l’essentiel dans le texte. Et franchement, ça a été un coup de foudre professionnel avec Mathieu. Et depuis, ça s’est avéré fructueux car quand il a été question d’écrire un deuxième spectacle en 2019-2020, j’ai tout de suite demandé à Mathieu s’il voulait m’aider dans l’écriture.
Je serais incapable de dire aujourd’hui dans le spectacle » Hors Classe » , ce qui est de lui, ce qui est de moi. Il y a des phrases je sais que c’est moi qui les ai trouvées parce que je me rappelle où l’idée m’est venue. mais la plupart des sketchs que j’ai écrit, je lui ai envoyé, lui faisait des coupes, il transformait une phrase qui était simple, et en faisait un scud humoristique et il me disait : » non, tu vois ce mot-là , il doit être à la fin de ta phrase. Là, tu fais une pause, tu regardes le public et tu enchaînes » . Il est depuis, devenu intermittent . Je crois qu’il en est à trois ou quatre comédies qu’il a écrites. Il est en résidence permanente à l’Odéon à Montpellier. Et là, au festival, il jouait deux pièces qu’il a écrites, à la Marelle des teinturiers. Il sortait d’une pièce, et il enchaînait avec la deuxième.
C’est un stakhanoviste de l’écriture et de l’humour. Donc, évidemment, il va m’aider pour l’écriture du troisième spectacle. J’avoue que là, être dans la création d’un troisième, ça me met la pression parce que j’aime beaucoup jouer » Hors classe » .
Est ce que tous vos sketchs viennent du vécu ou certains sont-ils inventés?
B.B : Les sketchs viennent tous du vécu, soit c’est moi qui les ai vécus soit c’est la collègue d’à côté, ou des collègues sur les réseaux qui m’ont raconté l’anecdote, mais tout a été vécu. Le grand-père qui se trompe de petit-fils, les parents, les mots des enfants, tout est vrai. Et je trouve que c’est encore mieux, en fait. Parce que c’est facile d’inventer des anecdotes, et de l’attribuer à un enfant. Mais ça n’a aucun intérêt. N’importe qui a un peu d’humour, et manie un peu l’écriture, peut le faire. Là, ce qui est drôle, c’est de savoir relever ces petites pépites et de savoir si elles vont fonctionner ou pas. L’enfant qui dit à sa maman : » aujourd’hui la maîtresse, elle a fait la pute » , je l’ai vraiment entendue. Et j’ai mis quelques secondes à comprendre, je me disais, mais de quoi il parle ? Il n’y a pas longtemps, on a travaillé sur Archimboldo, c’est quand même un classique en maternelle. Et j’ai un de mes élèves de petite section, qui, lorsqu’il a vu toutes les œuvres collectives de chaque enfant posées sur la table, m’a dit : » Rachid Boldo, c’est trop beau » . Je n’ai pas réussi à lui faire dire Archimboldo. Et toute la journée, il m’a répété Rachid Boldo. C’était tellement drôle. Si moi je l’invente, ça n’a aucun intérêt. Donc tout est vrai, même le sketch qui relate la pire journée de ma vie à Aqua City c’est du vécu, mais j’avais juste perdu le haut de mon maillot de bain, je n’avais pas perdu le bas. Mais en fait c’est ça qui fait rire les gens, ils se rendent compte qu’eux aussi ils vivent régulièrement des grands moments de solitude comme ça : sur le moment soit on a honte, soit on est triste, soit on est en colère de ce qui nous arrive et moi quand il m’arrive une anecdote comme ça tout de suite j’en ris, et je me dis que je vais pouvoir en faire un sketch et partager ce moment de solitude avec les spectateurs.
Quelle est la plus grosse salle où vous vous êtes produite ?
B.B : J’ai joué en Vendée, à Pouzauges dans une salle de 700 places, il y avait beaucoup de monde, mais ce n’était pas complet. La salle la plus impressionnante où j’ai jouée, c’était en Guyane à Cayenne en 2019. J’avais été invitée avec ma régisseuse et mon conjoint. En une semaine, on a essayé de faire un maximum de visites autour de Cayenne. J’ ai ressenti beaucoup en jouant là-bas : cela faisait deux ans que je jouais mon spectacle en public et on lui accordait assez de qualité pour me faire traverser l’océan atlantique et pour aller jouer sur un autre continent. Je ne suis pas une baroudeuse, je n’ai jamais beaucoup voyagé. C’est la première fois que je prenais un long courrier et que je me retrouvais sur un autre continent. Et ça fait un peu midinette mais j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand j’ai vu les spectateurs se lever à la fin du spectacle. Dans le hall, il y avait un photobooth où les gens partaient avec la photo. Il y avait écrit « Décollez-moi, Bénédicte Bousquet » . C’est un souvenir inoubliable. Et la salle qui m’a le plus marquée, c’était le Zénith de Montpellier, où j’ai fait la première partie de Sellig en janvier 2020. C’était juste avant le confinement. Rencontrer Sellig déjà c’est énorme, c’est vraiment mon modèle au niveau de l’humour, c’est un humoriste que j’aime vraiment beaucoup. Parce qu’il est humble, parce qu’il raconte son quotidien, parce qu’il vous fait mourir de rire avec un couple qui est sur l’autoroute et qui passe le péage. La description du machisme dans toute sa splendeur, du macho qui ne veut pas laisser sa femme conduire et qui fait n’importe quoi au volant. Il pratique l’auto-dérision à 100%. Et j’ai été heureuse de me retrouver au Zénith de Montpellier où j’avais vu plein de concerts quand j’étais étudiante. J’ai fait qu’un quart d’heure de spectacle et c’est d’ailleurs ce jour là que j’avais joué pour la première fois, le sketch sur Aqua City. Les spectateurs m’ont dit que c’était super, qu’ils avaient adoré et m’ont demandé où je me produisais. Moi, à l’époque, je ne jouais que dans des petites salles et jouer au Zénith, ça a vraiment été une grosse fierté . Maintenant, c’est vrai qu’on s’achemine vers des salles de plus grande capacité. Je vais jouer à Conflans-Sainte-Honorine dans une salle de 700 places, à Soissons aussi, dans une salle de même capacité. Je vais jouer dans des gros centres culturels. Et plus je vais jouer dans ce genre de salle, plus mon nom va circuler. Maintenant j’ai un producteur, j’étais arrivée à un stade où j’étais obligée de me protéger. À l’époque, j’acceptais de jouer dans les petits villages, dans les petites salles. Aujourd’hui, je me dis que je vais voir avec mon producteur. Avant, je faisais tout, j’avais créé une association, je faisais les contrats moi-même, les factures, mais c’était tellement chronophage. Maintenant, c’est mon producteur qui gère, il a toutes les licences de spectacle, il me fait mes cachets, et puis je suis enfin rémunérée. Cela fait seulement deux ans que je suis rémunérée.
Comment faites-vous pour rester simple, vraie et accessible ?
B.B : Je suis sur scène comme dans la vie, c’est vrai qu’il n’y a pas de frontières chez moi. Si je jouais dans une comédie ou d’une pièce triste ou un peu touchante, les spectateurs verraient peut-être la différence. Cela vient aussi du fait que je n’ai pas quitté mon métier d’enseignante. Je pense que je serai sans doute plus légitime aux yeux de certaines personnes, si j’étais juste comédienne. L’intermittence, je pourrais prétendre l’avoir, puisque je fais largement ces deux dates dans l’année. Le fait d’être dans ma classe du lundi au jeudi, ça permet vraiment de garder les pieds sur terre. Je suis en REP plus, je me gare au milieu des guetteurs, la police descend plusieurs fois par jour, ça fait 20 ans que je suis dans la même école, j’ai mes petites habitudes, les parents me connaissent, il y a une vraie relation, de confiance avec eux, je suis bien ancrée dans le quotidien et le concret. Je ne viens pas d’un milieu où les gens nagent dans l’argent et la facilité. J’essaye de transmettre ces valeurs à mes enfants. Ma mère était enseignante. Mon père travaillait dans un lycée, il était laborantin. On partait à cinq ( mes parents, mes 2 frères et moi) en vacances en Bretagne, en 4L. Quand je vois la nouvelle génération dont je parle dans mon spectacle, tout leur est dû et tout doit leur tomber du ciel. : » Ton boulot, il ne te plait pas, tu changes de boulot. Le chef, c’est un con, je lui fais la gueule » . Ils zappent comme ils font avec le téléphone.
J’espère garder mes valeurs tout le teùps. Je pense qu’on l’a en soi ou qu’on ne l’a pas. Ma mère a une maison dans les Hautes-Alpes, elle a un jardin, et elle m’ancre bien dans la réalité, elle est en train de faire des conserves de tomates, de haricots, elle fait ses confitures et quelquefois j’ai honte, je me dis que le jour où ma mère ne sera plus là, je ne saurais même pas faire de la confiture. Elle m’a fait un cahier de recettes mais je ne le regarde pas souvent, j’essaie de cuisiner, mais je n’ai pas ses talents de cuisinière. Mes grands-parents étaient agriculteurs, mon grand-père paternel, il vendait du charbon. L’ascenseur social a fait que, je suis devenue prof, donc je suis fonctionnaire. Nos salaires n’ont pas suivi par rapport au statut de mes parents à l’époque. Aujourd’hui, il suffit de jouer une heure et demi dans certaines salles, pour gagner plus qu’un salaire mensuel de prof. Les gens pensent que le prix de vente du spectacle, c’est ce que je vais toucher. Non, en fait, ça ne se passe pas du tout comme ça. Même s’ils me donnaient le cachet complet, il faut le diviser par deux puisqu’il y a la moitié de charge. Mais effectivement, je gagne quand même mieux ma vie aujourd’hui que quand j’étais juste prof. Mais en fait, je mets des sous de côté puisque il faut que j’achète une voiture à mon deuxième! Je suis plus à l’abri qu’il y a 10 ans, c’est sûr et je vais pouvoir me marier. Voilà pourquoi je dis que je suis bien ancrée dans la vie et dans notre quotidien.
Parfois, les gens me demandent comment je fais pour tenir ? Ce qui me fait tenir, c’est le public. Quand je vois des nanas qui m’envoient des messages privés et qui me disent : » ça fait des mois que je vous attends est-ce qu’on pourrait se parler à la fin ? « . Évidemment qu’à la fin du spectacle, je descends et je parle avec le public et on fait des photos même si ça prend mille ans. Et oui, c’est fatigant, mais ce sont ces personnes-là qui me portent totalement. Alors oui, le dimanche soir, je suis fatiguée. J’arrive à la gare d’Avignon à 17h17, je suis chez moi à 18h, et si le train a du retard, je suis chez moi à 19h. Je n’ai pas vu mon fils de la semaine parce qu’il est en internat. Lui, maintenant, il s’y fait, il s’en fout, il a 18 ans, il a 17 ans, il me dit « vas-y, c’est cool, tu n’es pas sur mon dos ». Bon, j’arrive même à distance à lui donner des sorts et à lui faire faire des choses. C’est la magie d’Internet. Je mets un point d’honneur à liker tous les commentaires et à répondre aux messages, même si ça me prend du temps. Mais c’est tellement agréable quand les gens me remercient. J’ai envie de leur dire : « mais c’est moi qui vous remercie. » Je suis ravie de savoir que je suis affichée dans plein d’écoles, dans la salle des maîtres. Rien que pour ça, ça vaut le coup. Et ça vaut l’énergie et la fatigue. Et le jour où j’arrêterai, je me dis que j’aurais passé, allez, on va dire si ça continue encore 5 ans, 15 ans, j’aurais passé 15 ans dans une vie à remplir les théâtres. Parfois, je trouve ça irréel. Je garde les affiches, je garde les flyers de mes spectacles. Et si jamais, quand je serai vieille, je perds la tête, ce sera la preuve. Et c’est tellement une fierté. Pour ma famille, je suis une mère, une nièce, une fille et pas du tout une comédienne. Quelquefois, on me reconnaît surtout les enseignantes me reconnaissent. J’ai une petite notoriété et cela me va très bien tel que c’est. J’ai mon public, les gens sont bienveillants, ils viennent me voir, ils se régalent, ils me disent qu’ils ont aimé. Cela me suffit pour le reste de ma vie je crois. Mais en fait, je pense que ce n’est pas le hasard si tout se passe comme çà et si le chemin est aussi joli. Ça devait être mon chemin, ce n’est pas possible autrement.
Envisagez-vous de quitter un jour votre métier d’enseignante pour vous consacrer pleinement à votre métier d’humoriste?
B.B : Je ne veux pas quitter mon métier de maîtresse de maternelle parce que je pense que je perdrai en crédibilité si demain je n’avais plus ce rythme de la rentrée, la Toussaint, les préparatifs des fêtes de fin d’année, l’hiver, les saisons, les thématiques qu’on aborde,
et puis voir les enfants grandir et toutes ces petites pépites du quotidien. Si je décroche, alors certes j’ai 27 ans d’ancienneté,
je pense que les collègues se diraient : « Ah ben oui, elle maintenant, elle a une vie d’artiste, elle ne travaille que le week-end, elle n’a pas la même fatigue. ». Je ne suis pas crédible quand je dis que même là, je ne travaille plus le vendredi. Des fois, il y a des publications que je ne mets pas le jeudi soir, parce qu’il y a des gens qui vont se dire « Ah ben ça va, tranquille, elle ne travaille pas le vendredi, elle ne travaille plus que trois jours par semaine. » Après, je le revendique. Mon producteur m’a déjà demandé : « Est-ce que tu voudrais arrêter d’enseigner ? » . Je dis « Ben non, en fait, non. ». Et puis, on ne sait pas de quoi demain est fait. Moi, j’ai un côté très pragmatique, très terre-à-terre. Ma maison, elle sera payée dans 8 ans. Alors peut-être que quand ma maison sera payée, que mes deux enfants seront vraiment à l’abri avec des métiers stables et qu’ils ne viendront plus me demander tous les 3 mois de les aider financièrement. Alors peut-être dans huit ans sauf que dans 8 ans, j’approcherai de la soixantaine. Est-ce que j’aurais envie, tous les week-ends, de traverser la France en TGV, de dormir dans les trains, de rencontrer des bénévoles adorables mais qui me font manger du bœuf bourguignon à 1h du matin après le spectacle ? Moi, j’en peux plus. Je leur dit : » non, merci. Je ne mange pas après le spectacle. » . Je ne sais pas si j’aurais envie de la même vie. Quelquefois, je me dis que plus tard, je serai programmatrice, j’irai voir les spectacles des copains plus jeunes. Si j’avais 20 ans de moins, j’aurais peut-être réfléchi à bifurquer et à changer vraiment de voie, mais là, à l’âge que j’ai, c’est plié, déjà on se marie l’année prochaine, on va être très occupés, l’écriture du spectacle, le mariage, je pense qu’après je vais jouer le troisième et il n’y aura pas de quatrième. Je ne veux pas qu’il y ait de quatrième, je veux après, refermer la parenthèse enchantée et me dire que je me suis éclatée sur scène. Après je ne vais pas faire un spectacle sur les problèmes de la soixantaine et l’arthrose car ça n’intéresse personne. Déjà dans le troisième spectacle, je vais parler de mon âge forcément puisque j’arrive à 50 ans. On a de la chance aujourd’hui, moi je vois ma grand-mère quand elle avait 50 ans et j’ai des photos d’elle à 50 ans, c’était vraiment une mamie quoi. Donc oui, je vais quand même parler de ça, un sacré virage de la cinquantaine.
Et pour avoir touché un peu du doigt le milieu, pour avoir rencontré certains humoristes, certains comédiens, sincèrement, cela ne me fait pas envie. Ils sont dans une autre sphère, et moi je ne veux pas, et c’est ce que je dis à mon producteur, je ne veux pas être trop médiatisé, je ne veux pas demain que quelqu’un de Télérama vienne voir mon spectacle. Je ne veux pas que l’on vienne me dire que je suis pas assez intello, que je suis trop ceci, pas assez cela, que je vais pas assez au fond des choses, que c’est trop léger, que c’est pas assez profond, je n’ai pas envie parce que ce n’est pas mon délire. Je suis là juste pour faire rire les gens, je suis pas là pour dénoncer la société, l’éducation nationale et la CGT qui va dire que je ne parle pas assez des conditions de travail des enseignants. Je sais que si je suis médiatisée, je vais me faire défoncer et je suis trop fragile. Je le vois sur les réseaux quand je publie des trucs et que la vidéo est partagée et qu’il y a plein de gens qui ne me suivent pas d’habitude et qui du coup réagissent et disent par exemple : » Reste dans ta classe, tu as cru que tu étais un clown » . Maintenant, j’efface les commentaires comme ça. Heureusement, il n’y en a pas beaucoup. C’est un peu facile de se cacher derrière un écran. Il y a un mec plusieurs fois, qui est venu commenter la publication du Théâtre du Paris sur mon spectacle. En disant : » Le français aime les gens pas drôles, allez-y, faites-vous plaisir » . J’ai répondu au monsieur : » Est-ce que vous m’avez vu sur scène ? De quoi vous parlez ? Pourquoi vous venez mettre un commentaire sous ma publication ? Vous ne m’avez jamais vu sur scène. Venez me voir, si vous n’aimez pas, après on peut en parler, il n’y a pas de souci. Je suis ouverte à ça. Mais là, vous me mettez dans le même sac que tous les stand-uppers, tous les humoristes que vous voyez passer à Montreux, etc « . C ‘est vrai que j’en vois passer des petites nanas qui percent, qui cartonnent, et qui passent une demi-heure à parler de leur culotte menstruelle. Ça, ça ne me fait pas rire. J’ai vu un spectacle d’une humoriste l’année dernière, il y a des choses super, où elle est très bonne comédienne, elle joue plein de personnages, et elle est à fond. Mais, à un moment donné, elle part dans un délire, elle parle d’elle, de son père, de là où elle a vécu et c’est trop long. Elle parle de ses règles aussi… Ça apporte quoi, en fait, au spectacle ? Alors si c’est pour être dans la mouvance, qu’il n’y a plus de tabou, allez, on peut tout se balancer, . Ce n’est pas un humoriste de le faire, je ne pense pas. Ça, c’est que mon point de vue. En tout cas, je ne veux surtout pas basculer là-dedans .
Les gens me disent « Est-ce que tu vas toujours parler de l’école dans ton prochain spectacle ? » Je dis « Mais évidemment ! Puisqu’il y a encore plein de choses à raconter dont je n’ai pas parlé et qui sont drôles » . Donc, après, je peux comprendre qu’il y ait des gens qui se détachent totalement de moi et qui se disent « encore un spectacle où on va parler d’école. » Mais je suis maîtresse d’école avant tout. Donc, c’est de ça que je parle. Et puis, on n’est pas 50 à le faire sur scène. Là, un des sketchs du prochain spectacle, c’est la sortie à la piscine. Les gens pensent qu’on est payé pour aller faire des battements de jambes. « Ah, c’est cool, ça va, tu emmènes des enfants à la piscine. » Je dis : « Mais je crois que vous n’avez pas idée de ce que c’est que d’emmener 50 enfants à la piscine. » . Je sais pas comment je vais faire pour apprendre le texte parce que je ris beaucoup en le lisant. On a un peu forci un peu les traits du maître nageur.
Comment arrivez-vous à concilier vos 2 métiers de professeur des écoles et d’humoriste?
B.B : Dès le début de l’aventure, mon inspecteur m’a soutenue. Il m’a donné les codes pour faire la demande de cumul d’activités et tout ce qui concerne le cadre légal et le statut. C’est d’abord l’Inspecteur de l’Education Nationale qui valide la demande d’un cumul et après c’est envoyé à l’Inspection Académique. Mon inspecteur m’a expliqué que le cumul d’activité, si ça correspond à une création, à une œuvre de l’esprit, ça passe. Alors quand c’est quelqu’un qui est auteur de textes, de comédies, de bandes dessinées ou même un musicien, et donc là dans mon cas, pour une pièce que j’ai écrite et que je joue, ça colle. Mon temps partiel m’a tout d’abord été accordé deux ans, et j’ai pensé qu’il n’y aurait peut-être pas de troisième année. L’inspecteur m’a dit : » mais pas du tout madame, vous allez défendre votre cas et si ça a été accepté deux ans, il n’y avait aucune raison pour que ça ne soit pas accepté trois ans, quatre ans, cinq ans, vous allez vous battre pour ça. C’est un droit du travail que vous avez, on ne peut pas vous l’enlever, votre situation n’a pas changé, votre projet professionnel parallèle n’a pas changé, donc vous aurez forcément votre temps partiel « . Dès la rentrée, je vais demander un rendez-vous avec ma nouvelle inspectrice et je vais lui expliquer ma situation. Je sais qu’elle me connaît. Mon inspecteur avait mangé avec elle et et lui avait expliqué que dans la circonscription, on était deux enseignants particuliers : un enseignant qui est arbitre de foot à haut niveau et moi qui suis humoriste. Elle lui a dit qu’elle me suivait sur les réseaux. J’étais morte de rire parce que mon inspecteur, lui, n’est pas du tout sur les réseaux. Donc, il ne s’est pas rendu compte du suivi et de l’engouement qu’il y a autour de mon univers. Donc là, il a halluciné de voir que la nouvelle inspectrice était déjà fan. Je me dis que c’est du pain béni. Elle va être obligée de me mettre un avis favorable. Mon inspecteur était au spectacle au Théâtre Le Paris, à Avignon. Il m’avait dit à son départ en retraite « Madame Bousquet, c’est juste pour vous dire que nous allons venir, avec ma femme vous voir le 9 juillet. » Et cela m’a mis la pression. Lors de son pot de départ en retraite, je lui ai chanté une chanson. J’avais envoyé les paroles à tous les enseignants de la circonscription. Donc, il s’est retrouvé à chanter et il s’est mis à pleurer. Je pense qu’il a été très ému de voir, qu’ après 18 ans dans la même circonscription, il y avait les trois quarts des enseignants qui étaient présents pour lui rendre hommage.


