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Interview de Maxime Allègre

Mardi 22 juillet 2025, j’ai eu le grand plaisir d’interviewer Maxime Allègre, comédien originaire de l’Aube, élève au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (CNSAD). Durant le Festival d’Avignon, il a joué dans la pièce  » Illusions  » au Théâtre du Train Bleu et il a participé au spectacle  » Jouer avec les fantômes  » avec d’autres élèves du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (CNSAD) dans la Maison Jean Vilar.

Maxime Allègre est membre du Collectif  » On finira bien par comprendre « . Maxime est à l’affiche actuellement de la pièce « Illusions  » jouée durant le Festival au Théâtre du Train Bleu à Avignon.

Les membres du Collectif  » On finira bien par comprendre. « 

Peux-tu retracer ton parcours de comédien?

M.A : J’ai démarré le théâtre à Troyes dans la Troupe de Christian Brendel et Maria Naudin puis j’ai intégré le Conservatoire dans la classe de Stéphanie Melet. En 2019, j’ai participé aux Rencontres Internationales de L’ Aria aux côtés notamment de Sandy Ouvrier. À Paris, je me suis formé au Conservatoire du VIII ème arrondissement dans la classe d’Agnès Adam puis j’ai intégré le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (CNSAD) en 2023 et je me suis formé aux côtés d’Adama Diop, Mounir Margoum, Anne Monfort, et Sharif Andoura. Je me suis formé également au chant avec Edwige Bourdy et Nikolas Takov, à la danse avec Juliette Roudet et Jean-Marc Hoolbecq ainsi qu’au clown avec Aurélien Ploquin. Prochainement, je vais travailler avec Sylvain Creuzevault et Elsa Granat. En parallèle, j’ai co-fondé le Collectif  » On finira bien par comprendre  » (OFBPC) en 2023 et j’ai participé à la première création :  » Illusions  » d’Ivan Viripaev. Depuis, je suis membre du collectif en tant que comédien et metteur en scène. J’ai écrit et mis en en scène pour le collectif OFBPC le spectacle « Les Naufragés » dont la création est prévue pour automne 2026. Je vais démarrer ma dernière année au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (CNSAD). 

C’est ton premier festival d’Avignon en tant que comédien, quelles sont tes impressions?

M.A : C’est mon premier sur le mois en entier. L’ année dernière, avec le conservatoire, on avait déjà créé et jouer le premier épisode de  » Jouer avec les fantômes  » . Et on a repris cette année avec la création de l’épisode 2. Et en tant que festivalier, je l’ai quelquefois fait avant, mais pas beaucoup. J’aime beaucoup l’idée du Festival d’ Avignon. Avec  » Jouer avec les fantômes  » on s’est plongé dans les archives sur la création du festival, c’était très intéressant. Avignon, c’est une grande célébration du théâtre, de l’art vivant en général. Mais je trouve qu’on en oublie parfois le côté artistique et le pourquoi on est là. On n’est pas toujours au centre de l’art, et je trouve cela dommage. Je lisais d’ailleurs, une interview d’Isabelle Adjani, dans laquelle elle disait que lorsqu’on on va voir un spectacle à Avignon, on en a déjà un autre en tête. Je trouve ça parfois un peu trop consommateur quand même comme festival. Et j’aime un peu moins cet aspect-là. Mais après, je pense que c’est aux spectateurs et aux spectatrices de faire leur propre expérience. En tout cas, moi, je sais que je ne suis pas un grand consommateur de pièces à Avignon. Quand je viens, même en tant que festivalier, je fais attention à ne pas enchaîner les spectacles, pour pouvoir rêver après sur ce que j’ai vu. A Avignon, tu passes ton temps à tracter, tu es tout le temps à présenter ton spectacle. On s’est rendu compte avec le Collectif, que même au plateau, il y a toujours un moment où on a envie de vendre le spectacle. Et cela se ressent, je trouve, au plateau parfois pour les spectateurs comme pour les acteurs. Il faut faire attention de ne pas banaliser l’œuvre qu’on a créée dans ce contexte-là.

Quel est l’origine du Collectif  » On finira bien par comprendre  » ?

 M.A : En fait, il est très récent de manière législative. Mais cela fait déjà 2-3 ans que l’on travaille ensemble. On s’est formés ensemble au Conservatoire du VIIIe arrondissement avec Agnès Adam qui a été notre pédagogue. Quand on s’est rencontré, on s’est tout de de suite liés d’amitié. Et puis Lior, la metteuse en scène d’Illusions nous a proposé ce projet-là, qui nous a réunis. Au départ, le Collectif s’appelait  » Inconstance  » . Et à partir du moment où on a commencé à rêver plus grand pour le Collectif, on s’est dit que  » On finira bien par comprendre  » nous semblait bien, par rapport aux rêves qu’on avait déjà sur d’autres projets. Le Collectif qui est basé en Ile-de-France va à partir de septembre, s’implanter en Normandie.

Pourquoi un Collectif plutôt qu’une Compagnie?

M.A : Dans une Compagnie, les rôles sont répartis et bien définis. Il y a quelqu’un qui dirige, quelqu’un qui met en scène et les acteurs et les actrices et plein d’autres pôles, évidemment. Nous, dans le collectif, on fait tout ensemble. Par exemple, pour  » Illusions « , c’est Lior qui a proposé le projet avec Ferdinand, qui est assistant à la mise en scène. C’est eux qui ont porté le projet, qui ont font les vrais choix. Mais on a travaillé collectivement. Là, on a plusieurs projets qui vont être mis en scène. Un par moi, un autre par Ferdinand . On tourne en fait. On veut même s’implanter aussi un peu dans le cinéma parce qu’on aime beaucoup cet art. L’idée c’est d’explorer, et nous avons la chance d’avoir ce Collectif pour pouvoir le faire.

Quelles sont les valeurs véhiculées par le Collectif?

M.A : Ce qui nous tient vraiment à coeur c’est l’endroit du jeu, c’est hyper important pour nous cet l’endroit de distance, de jouer à raconter des histoires et aller en dehors d’une certaine complaisance. On essaye d’aller au coeur du désir, de ce qui est raconté, de prendre le texte, de ne pas forcément le vénérer. Par exemple, quand on a travaillé sur  » La Mouette  » de Tchekhov qui était notre premier projet, on est allé directement dans l’action, dans ce qui se jouait, on n’est pas passé d’abord par la langue. De plus, cela nous tient vraiment à cœur de faire vivre une expérience au public et qu’il soit actif avec nous, et on le voit beaucoup sur  » Illusions ». Quelquefois, quand je vais au théâtre, j’ai l’impression justement, que c’est un endroit qui peut paraître presque inaccessible. Et nous, ça nous tient vraiment à cœur d’être proche du public. Tout le monde peut venir au théâtre, tout le monde peut en faire. Le théâtre, en fait, il existe partout et c’est du jeu, avant tout pour nous. Et c’est beaucoup lié à l’enfance. On joue ce qui est raconté dans le texte, on le triture dans tous les sens. Et après vient la langue mais çà, nous, on le met dans un second temps.

Pourquoi avoir choisi de suivre ce parcours de comédien? Quel a été l’élément déclencheur?

M.A : Je ne sais pas s’il y a eu un vrai élément déclencheur. Avec ma famille qui est dans le milieu artistique, j’ai été plongé dedans très vite. Mes grands-parents regardaient beaucoup de pièces de théâtre à la télévision, ma famille en général allait beaucoup au théâtre, mes autres grands-parents regardaient beaucoup de cinéma. Je faisais aussi beaucoup, beaucoup de spectacles avec ma soeur dans le salon. En fait, j’ai toujours été baigné là-dedans. Je me souviens juste d’un moment, dans une voiture avec ma grand-mère, où elle m’a dit « Pourquoi tu ne ferais pas du théâtre ? » Et c’est là que l’envie de faire du théâtre a un peu commencé. Même si je crois que ça a toujours été là. J’y ai toujours cru. D’ailleurs, dans les valeurs du Collectif, on parle beaucoup de la foi. C’est vraiment important pour nous d’y croire. Quand on croit à quelque chose, il faut s’accrocher à ce réel. La force du collectif est très importante pour ça. Il y a de l’entraide et le rêve n’est plus personnel. Il est partagé. Et la force elle est décuplée. Quand il y en a un qui tombe, tous les autres sont là pour le relever. On n’a pas peur de se dire les choses. On débat beaucoup et cela permet d’avancer. Et puis, on sait faire la part des choses, on sépare l’endroit de la création et de la vie amicale.


 Il y a plusieurs années, j’ai assisté à une soirée organisée au Théâtre de la Madeleine de Troyes, en présence de Jacques Weber, dans le cadre de quatrième de couverture? Je me souviens d’un jeune assis au premier balcon, qui s’est levé et adressé à Jacques Weber: « Je veux être comédien et je sais que je serai comédien  » . Donnez moi des conseils pour aller plus vite et pour brûler les étapes  » ? Le jeune en question, c’était toi. Je me souviens qu’il t’avait conseillé de ne pas aller trop vite, de ne pas vouloir brûler les étapes. Avec le recul que tu as maintenant, penses-tu qu’il avait raison?

M.A : J’ai un peu oublié les conseils qu’ils m’avaient donnés. Je me souviens du moment de la rencontre. On avait un peu échangé ensemble à l’issue de cette rencontre. C’est lié à ce dont j’essaie de parler avec la complaisance. On a construit autour de ce système artistique plein de codes. Et du coup, ça engendre forcément chez l’acteur ou chez l’actrice, ou même chez n’importe qui, là je parle de mon cas, mais ça peut être dans plein d’autres milieux ou d’autres pôles artistiques, une peur de ne pas y arriver. Chacun doit avoir une raison de faire ce métier qui lui est propre. Je pense que si on veut faire ce métier-là pour réussir, pour être connu, alors l’objectif est beaucoup moins grand. Quand on est jeune, le rêve de gloire à travers ce métier est présent et je pense que c’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Jacques Weber comment aller plus vite et comment brûler les étapes. Mais on se rend très vite compte que la gloire n’est pas du tout le plus intéressant. Le personnage de Nina dans La Mouette de Tchekov (décidemment j’en aurais beaucoup parlé dans cette interview) le dit à l’acte IV :  » Ce qui compte, ce n’ est pas la gloire, pas l’éclat, tout de dont je rêvais, mais la longue patience (…) j’ai la foi et quand je pense à ma vocation, la vie ne me fait plus peur  » . J’ai un malin plaisir maintenant à prendre mon temps, à fuir l’efficacité, à savourer chaque nouvelle découverte, nouvelle rencontre, nouvelle manière de travailler et à être dans un état de recherche constant. Pour moi, c’est hyper important finalement de ne pas brûler les étapes. J’ai passé le concours plusieurs fois avant de pouvoir intégrer le conservatoire. Et je ne regrette pas, car le Conservatoire m’a ouvert beaucoup de portes, me permet de faire de belles rencontres, et l’enseignement y est pluridisciplinaire. Tous les domaines sont abordés. La première année on ne fait pas beaucoup de spectacles, c’est plus des formations, on a un emploi du temps avec un peu de danse, un peu de chant, le travail du corps, la technique vocale parlée, c’est très scolaire. A partir de la deuxième, on commence à mettre tout ce qu’on a appris au plateau, mais c’est encore dans le côté scolaire aussi. Et là, la troisième, c’est vraiment le passage entre l’école et le monde réel. Et là, du coup, on fait des spectacles. Je rentre dans ma dernière année. Ça m’émeut de repenser à cette rencontre avec Jacques Weber.

Que pourrais-je te souhaiter pour la suite de ta carrière?

M.A : De pouvoir jouer tout le temps, de rencontrer de belles personnes, de pouvoir créer, de pouvoir mettre sur scène les rêves que l’on a avec le collectif, de continuer à ne pas brûler les étapes.

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