Le 19 juillet, en plein coeur du Festival d’Avignon, j’ai rencontré Elodie Menant, juste après la représentation de « Rosy et moi, 274 jours » au Théâtre de La Luna, elle a eu la gentillesse de m’accorder un moment pour répondre à mes questions.
Dans cette pièce, inspirée de l’histoire vraie de Marine Bardérias, elle nous raconte l’histoire d’une jeune femme Valentine, qui confrontée à l’adversité, décide de partir seule en voyage.
Elodie a eu le Molière de la Révélation féminine en 2020 pour la pièce « Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? » qu’elle a co-écrite avec Eric Bu et qui était mise en scène par Johanna Boyé. La pièce a eu le Molière du spectacle musical.
La première fois que j’ai vu Elodie Menant, sur une scène, c’était le 18 juillet 2020, dans une lecture de « Collapsus » d’Eric Bu et Laura Léonie, mise en voix par Eric Bu. La lecture était organisée dans le cadre du « Souffle d’Avignon » , dans le Cloître du Palais des Papes à Avignon.

« Rosy et moi, 274 jours. » Une pièce poignante sur une furieuse envie de vivre.
Seule en scène, Elodie Menant incarne les 18 personnages de l’histoire.
Crédit Photo : Frédérique Toulet
Pouvez-vous vous présenter ?
E.M : Je m’appelle Élodie Menant, je suis comédienne, autrice et productrice de ce spectacle. Je mets en scène aussi. Ce n’est pas moi qui signe la mise en scène pour « Rosy et moi, 274 jours » , c’est Eric Bu. J’ai créé ma propre compagnie et je monte des spectacles dès que j’ai fini d’écrire.
Comment vous est venue l’idée d’écrire « Rosy et moi, 274 jours » ?
E.M : Ce sont des producteurs qui m’ont contactée pour me demander d’écrire cette pièce. Ils avaient vu le film de Marine Barnérias, lu le livre et ils voulaient que j’adapte son histoire, ce que j’ai fait. Et puis finalement, ils se sont désistés en fin d’année dernière, 6 mois avant le Festival d’Avignon. C’est la raison pour laquelle j’ai créé et monté seule le spectacle.
Est-ce que Marine Bardérias a vu le spectacle ?
E.M: Oui, elle l’a vu et elle a beaucoup aimé même si la pièce l’a replongée dans la grande épreuve qu’elle a vécue et dans tout ce qu’elle a généré émotionnellement. Elle était heureuse de la restitution et de ma façon de jouer son histoire.
Ou trouvez-vous l’inspiration d’une manière générale pour l’écriture des pièces?
E.M : Chaque projet a une durée qui lui est propre. Je suis assez laborieuse. Donc, au plus vite, c’est en un an. Sinon, ça peut être en deux ou trois ans. Mais je n’écris pas tous les jours car je fais beaucoup d’activités à côté. Je fais du doublage et il peut y avoir aussi des spectacles en tournée. Dès que j’ai du temps, j’écris. Et après, l’inspiration, franchement, un jour, ça arrive comme ça. Parfois, l’inspiration peut venir d’ un livre que je lis.
On m’a raconté une histoire que je trouvais fascinante. C’est comme ça que j’ai crée le spectacle « Je ne cours pas, je vole. », qui était un peu inspiré de mon histoire personnelle. Je suis très sportive et j’ai un peu évolué dans le milieu du sport. J’avais envie de parler de sport et de raconter ce qu’il m’avait apporté. On peut faire de grands parallèles entre les défis que l’on doit relever dans une vie et tous les défis que relèvent les sportifs. Cette abnégation, cette rigueur, cette exigence peuvent être de vrais moteurs. Ce sont des leçons de vie, qui parlent de la manière de se relever d’une chute, d’une blessure, et d’un échec, et de ce qu’est la réussite. Il y a vraiment énormément de questionnements qu’on peut appliquer à notre vie de tous les jours. Mon père, souvent, fait des parallèles entre le métier de comédien et celui de sportif et me dit : « Allez, vas-y, ma chérie. Si tu veux franchir L’Everest, ça ne va pas se faire comme ça. Il faut toujours avoir le goût de l’effort. » .
Pour le moment, je n’ai jamais été dans l’urgence de devoir trouver un sujet d’inspiration, et de me dire qu’il fallait absolument que j’en cherche un. Cela s’est souvent présenté à moi, une période où j’étais ouverte et disponible.
Vous avez plusieurs casquettes : autrice, metteuse en scène, comédienne et productrice. Si vous deviez n’en garder qu’une, laquelle serait-ce?
E.M : Alors ce serait comédienne sans hésiter. Et plus précisément, je dirais en un, comédienne, et en deux, autrice. La mise en scène, je trouve qu’il y a énormément de responsabilités. On porte toute une équipe et j’ai l’impression de devoir tenir des rênes de tous les côtés. Il faut gérer les relations avec les comédiens et les relations avec tous les créateurs autour : le scénographe, le créateur lumière, le costumier, le chorégraphe. C’est beaucoup de travail en amont, et beaucoup de réflexions. J’aime beaucoup la partie créative, imaginer la scénographie par exemple. En revanche, il y a toujours un moment dans l’organisation, dans les plannings, avec les uns, les autres, où ça devient plus fastidieux et ça m’amuse beaucoup moins. Et à force, ça me pèse. Mais c’est d’ailleurs aussi ce que je n’aime pas dans la production. Faire des chiffres, des tableaux de budget, c’est moins passionnant. Finalement, dès qu’il n’y a plus d’artistique, je perds ma joie.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut devenir comédien?
E.M : Je pense que c’est intéressant de tester des écoles de théâtre. Mais ce n’est pas évident d’en choisir une. Certaines sont très chères. Il y a les Conservatoires d’Arrondissement à Paris qui, eux, sont gratuits, mais l’entrée se fait sur concours. Il faut pouvoir y rentrer mais c’est plus simple, que le concours du Conservatoire National.
Il faut surtout s’écouter, comme je le dis dans le spectacle. Si on a un prof avec lequel on ne se sent pas à l’aise, qu’on ne monte pas suffisamment sur scène ou qu’on ne comprend pas les directives, que l’on n’aime pas sa manière d’enseigner ou que ce n’est pas forcément respectueux, il faut savoir arrêter. Mais ce n’est pas évident, parce qu’il y a un rapport de maître à élève. Donc, le maître peut facilement nous faire croire que c’est nous qui sommes en tort. J’ai entendu des profs qui disaient qu’il fallait savoir se mettre à nu sur scène, en se déshabillant complètement. Je ne suis pas d’accord avec ça. Je n’ai pas besoin d’être nue sur une scène pour savoir ce que c’est se mettre à nu. Il faut toujours être en accord avec son ressenti et ne pas accepter quelque chose de désagréable ou de violent.
C’est comme jouer, pour moi, ce n’est pas se faire mal. Quand je joue, même s’il y a énormément d’émotions, je ne me fais pas mal. J’ai une protection énorme. Je ne suis pas en train de me coller à mon personnage. Je ne suis pas ce personnage. J’ai la distance nécessaire. Il y a des profs qui vont vouloir utiliser les souvenirs, utiliser la vie de la personne, les faire revenir, les triturer dans leur psychologie. Il ne me semble pas nécessaire de puiser dans notre intimité. Je trouve ça dangereux et malsain. En tout cas, ce n’est pas du tout ma méthode. Pour moi, il ne faut que du plaisir, de l’amusement. Et puis ensuite, il faut pratiquer, monter des pièces, jouer, rencontrer des gens et il faut s’accrocher longtemps. Et même quand on pense que c’est gagné, il faut continuer de s’accrocher.
Que vous a apporté le Molière de la Révélation féminine, pour votre carrière?
E.M : Cette récompense m’a permis de me faire encore plus connaître dans le milieu du théâtre. Des portes se sont ouvertes, si je contacte un directeur de théâtre ou un producteur, j’ai plus de chances qu’ils me répondent. Mais cela ne m’a pas apporté plus de rôles. J’ai même un peu l’impression que lorsqu’on est porteur de projet, cela nous met à l’écart. Par exemple, pour la pièce,« Rosy et moi,274 jours. », je n’ai pas trouvé de producteur, j’ai vraiment eu l’impression de revenir à mes débuts.
Il faut prendre le Molière comme un cadeau à un instant T, mais ne jamais se dire que ce sera la clé d’un succès sans fin .
Et que ressent-on au moment où on le reçoit ?
E.M : J’ai été vraiment heureuse de recevoir ce Molière. C’était un beau cadeau d’autant plus que je ne l’avais pas vraiment prévu. Des gens me disaient : « Tu vas l’avoir, t’es géniale. » . C’était pour moi, un rêve d’enfant. Je préparais mes petits discours dans ma chambre. Et ce n’est pas du tout le discours que j’ai dit. Pour moi, avoir un Molière, cela signifiait que j’allais pouvoir vivre de ce métier, ce qui me paraissait tellement difficile à atteindre. Il y a beaucoup de comédiens qui sont très peu payés, voire pas du tout, ou alors à la recette. Je voulais vivre bien de mon métier sans être en difficulté financière. Et avoir ce Molière, cela signifiait que j’avais atteint mon objectif. J’avais fait une prépa Maths Sup Maths Spé avant de bifurquer vers ce métier.
Comment décririez-vous cette édition 2026 du festival ?
E.M : L’année dernière, c’était vraiment un festival exceptionnel. J’ai l’impression qu’il y a peut-être un peu moins de monde cette année, que le festival a un peu plus de mal à démarrer. Aujourd’hui, il y a des lieux qui fonctionnent très bien, qui ramènent beaucoup de monde. Et d’autres lieux qui sont plus petits, et moins fréquentés.
Les débuts de mon spectacle ont été un peu timides mais désormais, c’est complet à chaque représentation. C’est le bouche à oreille sans doute, car personne ne tracte pour moi. C’est mon 18ème Avignon, j’ai la chance d’avoir des spectateurs qui, souvent à la sortie du spectacle, me disent : « On vous suit, on vient vous voir chaque année, vous êtes notre valeur sûre. »
Je pratique le théâtre en amateur et je suis en train d’écrire une pièce de théâtre. Quels conseils pourriez-vous me donner pour l’écriture de la pièce ?
E.M : Je n’ai jamais pris de cours d’écriture. Je n’ai aucun code. Je le fais à l’instinct et en fonction de ce que je ressens. J’ai vu beaucoup de pièces et je pense que j’ai emmagasiné les choses que j’aimais. Dans la pièce « Rosy et moi, 274 jours» , il n’y a aucune narration, il n’y a que des dialogues, sauf pour les parties un peu en rimes, qui sont des sortes de poèmes que j’ai écrits. Parce que là, je trouve que c’était bien d’amener une sorte de poésie, de faire de la description, pour éviter d’être dans une narration basique et didactique. J’ai vu beaucoup de seuls en scène où le comédien raconte sa propre vie à la première personne parce que c’est le plus simple. Moi, je n’ai pas envie d’ aller vers la simplicité.
Dans une pièce, je m’autorise tout : à changer de temporalité, à aller dans le passé, dans le futur, d’être au présent aussi. Le plus important, c’est vraiment de trouver les contenus, les enjeux entre chaque personnage et de voir comment ils vont évoluer. Je travaille à l’instinct. Et c’est aussi pour ça, peut-être, que je mets plus de temps que d’autres. Je n’ai pas vraiment de technique. Je ne crée même pas une structure avant de commencer à écrire. Je pars directement dans des dialogues. J’ai mon idée, j’écris et, au fur et à mesure, je façonne.
Avec deux autres amis, nous avons écrit un spectacle musical qu’on jouera à Paris en janvier. Nous avons travaillé sur une structure dès le départ parce qu’ils ont cette habitude. Je crois qu’il faut faire sa propre sauce, et aller là où on sent que ça vibre en nous.
Avez-vous le trac avant de jouer ?
E.M : Lorsque ça fait longtemps que je n’ai pas joué, oui. Lors des premières représentations, j’avais vraiment le trac. J’avais très peur d’oublier mon texte et j’avais vraiment l’impression de faire un saut à l’élastique, en me demandant si l’élastique était bien accroché ou pas. Le fait de jouer tous les jours, me rassure énormément. J’arrive à me dire que j’ai confiance en moi. Donc, je ne relis pas mon texte avant. Je viens, je joue et je repars. Je sais que dans tous les cas, je ne me rattraperai toujours. Il y a deux jours, il y a eu un moment ou il n’y avait plus de lumière pendant le spectacle et lorsque j’ai fait la scène du surf, j’étais dans le noir total. J’ai dû arrêter le spectacle, j’ai improvisé et parler avec les spectateurs. Je me suis dit que je ne pourrais jamais tout contrôler en amont. Je part du principe que je dois juste avoir confiance en moi et que je gérerai les problèmes, s’ils se présentent. Cela m’enlève beaucoup de pression.
Quels sont vos projets pour les mois à venir?
E.M : Le 22 juillet, il y a une série qui s’appelle « GIGN », qui sort sur Netflix et dans laquelle je joue, avec Tomer Sisley. Je vais tourner dans un film, à la fin d’année mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. J’ai co-écrit une pièce qui sera jouée à partir de janvier au Théâtre du Gymnase, qui pour le moment s’appelle « La Femme la plus laide du monde » . C’est un spectacle musical.








