|

Interview Nathalie Mann

Mercredi 16 juillet, Nathalie Mann, comédienne habituée du festival, que l’on peut voir cette année, dans la pièce « Le Premier Homme » d’Hugues Leforestier, m’a fait la joie de m’accorder une interview. La première fois que j’ai vu Nathalie Mann au cinéma, c’était en 1989, dans le film « L’ Etudiante » de Claude PINOTEAU. Elle y jouait le rôle d’Alexandra.

Nathalie Mann est comédienne, directrice artistique, auteure. Elle a crée avec quelques camarades de jeu la Compagnie « Fracasse » .

Nathalie Mann

Crédit Photo : Céline Nieszawer

Depuis combien de temps venez-vous au Festival d’Avignon?

N.M : Cela fait 15 ans à peu près.

Durant toutes ces années, vous avez vu le Festival évoluer. Quels sont les faits marquants de ces dernières années?

N.M : Je joue cette année avec Hugues Leforestier, une création « Le Premier Homme » au Théâtre du Roi René. Nous sommes très heureux car la salle était pleine dès le deuxième jour. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de monde au festival cette année par rapport à la même période l’an dernier, car il y a beaucoup plus de cartes off qui ont été vendues, donc c’est super. Il y a beaucoup de théâtres qui font complet, ce qui est formidable. Et après, il y en a toujours beaucoup aussi qui ne le sont pas. Je crois qu’il y aurait 300 ou 400 déjà compagnies qui seraient parties dès le début du festival. Moi, j’ai créé la compagnie « Fracasse » pour jouer à Avignon, donc j’étais concentrée sur nous, sur notre création, sur tout le travail qu’il y a à faire pour remplir les salles. Quand on a créé « la Papesse Américaine » spectacle extraordinaire que j’ai joué trois ans à Avignon à guichets fermés et dans lequel je suis seule en scène, on a eu beaucoup de chance car au bout de trois jours, il y avait la queue devant le théâtre alors que j’étais parfaitement inconnue à Avignon, et c’était formidable. Depuis, cela n’a été que des histoires d’amour avec le public qui durent depuis des années, donc c’est génial. J’ai beaucoup de spectateurs qui me suivent et voient tout ce que je fais.

Comment souhaiteriez-vous que le festival évolue durant les prochaines années?

N.M : J’aimerais bien que l’on arrête de faire de très grandes salles, parce que je pense que ce n’est pas bon du tout et ça déséquilibre un peu pour moi Avignon. Il ne faudrait pas perdre complètement l’âme du festival. La Scala par exemple, est une grosse structure avec plusieurs salles et une profusion de spectacles, et en plus très bien située (en face du village du Off). C’est formidable, mais elle accapare aussi les spectateurs au détriment des petites salles et du coup il ne faudrait pas qu’il y en ait d’autres comme ça qui arrivent.

Il y a aussi le fait que maintenant, les gens réservent de plus en plus en amont, ce qui en même temps est bien aussi pour nous. Mais c’est à double tranchant parce que beaucoup de festivaliers arrivent en disant qu’ils ont tout bouclé, et c’est complètement pas le festival pour moi ça, d’arriver tout bouclé. Parce que du coup, il n’y a plus la magie de la rencontre à Avignon : on rencontre les acteurs dans la rue, on a envie de voir leur spectacle, on bouge son programme tout d’un coup, on dit j’avais envie de voir ça, mais non, du coup je vais voir ça. Et là, les gens se retrouvent sont coincés car ils ont déjà acheté toutes leurs places. Je serais pour bloquer au moins 30% de la jauge en disant après, le jour même, on doit pouvoir aller dans tous les spectacles. Au hasard des rencontres, c’est trop dommage de tout bloquer. Mais, je me dis que c’est ambivalent, qu’en même temps on est content quand on voit que l’on a déjà beaucoup de réservations alors que le festival n’a pas encore commencé. Mais quand même, ça tue un peu le problème du festival. Avant, les gens se parlaient beaucoup dans les files d’attentes des pièces à voir…Moins maintenant et c’est vraiment regrettable.

Chaque année, vous jouez dans au moins un spectacle et je vous vois régulièrement tracter. Oú trouvez-vous l’énergie nécessaire?

N.M : Je suis Directrice de ma compagnie. Personne d’autre que moi ne parlera mieux de mon spectacle que moi-même. Et donc, je ne paye jamais quelqu’un pour tracter. De toute façon, il ne faut pas se faire d’illusions à Avignon, on est plus de 1700 compagnies donc il faut bien communiquer dans la rue. Et les gens me tractent autant que je les tracte. J’ai beaucoup de gens aussi qui me parlent dans les rues, me demandent ce que je fais cette année. En fait, quand je me déplace dans la rue je suis un tract vivant. Il n’y a que moi qui tracte là pour le spectacle « Le Premier Homme » car Hugues Leforestier n’arrive pas bien sur cette pièce-là à trouver les mots et le bon angle pour en parler. Il le faisait sur « Danton Robespierre les racines de la liberté ». Moi, j’y arrive très bien.

 Avez-vous déjà tenté l’écriture théâtrale?

N.M : J’ai adapté une pièce « Au commencement, j’avais une mère. » pour en faire une pièce de théâtre. Dans la pièce « Le Premier Homme » écrite par Hugues Leforestier, il y a aussi quelques idées qui sont de moi.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui débute dans le métier?

N.M : Il faut inventer, il faut créer et proposer avec des potes dès la sortie de l’école de théâtre. J’ai vu cette année, une petite bande de jeunes qui joue « Mirabeau l’Insolent » à la Tâche d’Encre, c’est leur premier festival d’Avignon. Ils se sont démenés : ils sont à huit dans un tout petit appartement, ils tractent comme des fous, ils sont complets tout le temps, c’est génial. Et ils font leurs armes. C’est vrai qu’il y a un risque mais il faut démarrer, il faut y aller. L’auteur de la pièce qui est le père d’un des jeunes acteurs, a payé la location de la salle et pour le reste, ils se débrouillent .

Quelles pièces recommanderiez-vous pour le Festival?

N.M : Il y en a beaucoup. J’ai adoré «Cache-Cache » au Théâtre du Petit Chien que j’avais vu avant, qui se joue à 19h05 le soir. Je connais le metteur en scène Régis Romele, qui est un ami. J’ai adoré « Du charbon dans les veines », qui est complet pour tout le festival. J’avais beaucoup aimé « Le chant des lions » je n’ai pas vu la pièce mais j’ai vu la lecture sur plateau avec tous les acteurs à Paris avant la création et j’ai trouvé le texte formidable. J’avais vu « Monsieur Motobécane», évidemment, qui revient cette année. On était ensemble quand il a démarré à Avignon, lui avec son seul en scène et moi avec « la Papesse Américaine » . On se connaît bien et à nouveau il fait le plein, c’est super. Après, il y a les pièces que j’aurais envie d’aller voir et que je n’ai pas vues. J’aurais bien aimé aller voir « Les Secrets de la Méduse » au Théâtre des Lucioles. J’ai envie de voir « le procès d’une vie » aux Théâtre des Gémeaux sur le combat de Gisèle Halimi. Et ça cartonne, là, c’est super. Et j’ai envie de voir bien d’autres spectacles encore.

Quels sont vos projets pour les semaines à venir?

N.M : Alors là, après Avignon, je suis off jusqu’au 25, je vais dormir. Je vais aller en vacances. Et après, on va reprendre  » Danton Robespierre les racines de la liberté  » à Paris au Théâtre des Gémeaux Parisiens. Et puis après, j’ai des dates de tournées aussi, parallèlement. Je tourne aussi régulièrement dans « Plus belle la vie » et dans « la Juge Colbert » ou je joue une juge. Régulièrement je vais à Marseille aussi. C’est un bonheur pour nous d’être à Avignon à chaque fois. On a eu de la chance. Toutes les créations que l’on a faites, ont toujours été complètes. On a toujours eu un super accueil. On est trop contents. Je trouve que les pièces que l’on propose à Avignon sont formidables. De toute façon, je ne viens pas à Avignon avec un truc que je ne trouve pas formidable. Oui, sinon c’est trop risqué quand même et je ne ne pourrais même pas en parler dans ma rue. Soit j’adore et je viens le faire, soit je ne fais pas. J’avais joué aussi dans un spectacle immersif, qui était « Ne laisse pas ce jour vieillir » , super chouette, où les gens avaient l’impression de faire partie de l’histoire. Je l’ai joué à la Scierie, il y a deux ans, je le joue encore en tournée, c’est un très beau spectacle.

Gardez-vous un bon souvenir du film « L’Etudiante » de Claude Pinoteau?

N.M : Oui, bien sûr. C’était Isabelle Adjani qui devait avoir le rôle de Sophie Marceau, et moi je devais jouer la bonne copine mais quand Sophie Marceau a repris le rôle, le réalisateur s’est dit que j’étais un peu plus vieille que Sophie et que cela n’irait pas pour faire les deux copines. Et du coup, il m’a demandé le rôle que je tu voulais faire. Et j’ai choisi Alexandra.

Notre note
Cliquez pour noter cet article !
[Total: 2 Moyenne: 5]
Merci pour votre partage

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *